Présentation de notre invitée Margot Mellet
Margot Mellet est professeure adjointe à l’Université de Sherbrooke et est responsable des programmes de second cycle en Édition. Elle est également Docteur en Littérature en langue française à l’Université de Montréal et a récemment pris la direction de la collection « De code et de plomb ». Ses recherches s’intéressent aux conditions matérielles des écritures numériques et à la manière dont notre pratique d’écriture défini l’outil, l’expertise et donc notre statut même d’être humain.
Qui sont ces petites mains de l’édition ?
À l’origine, l’expression des petites mains désignait les cousettes, des artisans, souvent des femmes, qui s’occupaient de tâches répétitives, soigneuses. Bien que souvent invisibilisé, ce travail minutieux exigeait un rapport physique très concret, très matériel.
Porté par une dynamique souvent sexiste, le travail de la (petite) main n’a pas eu la reconnaissance de valeur scientifique et était souvent décorrélé du savoir et de la production de la connaissance.
Démarré dans les années 1940, l’Index Thomesticus est souvent considéré comme le projet ayant donné naissance aux pratiques d’écritures numériques. Comme dans de nombreux environnements de production culturel et de savoir (voir le projet du Mundaneum), le travail des femmes a longtemps été oubliées voir invisibilisé.
Pour notre invitée, il ne s’agit pas tant de revaloriser le travail des petites mains que de prendre en compte nos déterminations et nos modèles de privilèges dans nos processus de pensées. « On a besoin d’espace de collectif, de processus de transparence, qui sont à la base de la connaissance humaine« .
Réflexions sur nos environnements de production du savoir
Dans un monde d’accélération assez vive de la production de contenu permis par une technologie toujours plus présente, Margot Mellet invite à un ralentissement dans nos usages, dans nos processus de production.
Si l’émergence de pratiques et de théories en humanités numériques – pratiques qui vise à placer l’humain au centre – a été un « moment d’enthousiasme et d’espoir pour beaucoup de chercheurs et chercheuses, en proposant des environnements de production des savoirs capables de rabattre les cartes et d’être moins sexiste, moins raciste, plus équitable et éthique, cela n’a pourtant pas été le cas« …Elle nous explique pourquoi dans le podcast.
L’évaluation ouverte dans la tech, une bonne idée ?
Margot Mellet milite pour la transparence des processus et des acteurs dans une démarche éditoriale et contre l’opacification de l’interface de certains de nos outils. La production de la connaissance ne dépend pas seulement de la présence de l’auteur, de son intentionnalité, mais du contexte d’écriture, des personnes qui l’ont accompagnées dans le process d’écriture, et de conjectures matérielles.
Et les outils d’IA génératives dans le processus de création ?
Le sociologue Antonio Casili dans son ouvrage En attendant les robots s’est intéressé aux travailleurs du clic. Il réfute la notion d’IA et met en lumière la production de données dernière, produites par des petites mains, des petits pouces, des tâcherons, payés à la tâche.
Dans un processus d’éloignement des machines de production des mains des auteurs, qui sont la base de la production, un discours s’est construit visant à invisibiliser ce travail de production de la donnée à la manière des travailleurs du clic.
Les références artistiques et culturelles abordées dans notre discussion avec Margot Mellet
L’éloge du Bug, de Marcello Vitali-Rosati

petites mains. Collections de la Fédération Wallonie-Bruxelles, en dépôt au Mundaneum
(Belgique) – Photographe : Patrick Tombelle.

1632. Domaine Public. Crédit photographique : Musée du Louvre, Département des Peintures. Permalien :
https://collections.louvre.fr/ark:/53355/cl010062022